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Aide à domicile : comprendre son périmètre d’intervention pour mieux préparer son évaluation HAS

Dans les services d’aide à domicile, distinguer les actes réalisés, le repérage, l’orientation et la coordination est essentiel. Découvrez les constats issus d’évaluations et les repères pour préparer efficacement l’évaluation HAS.
12 min de lecture | Publié le 22/10/2026
Aide à domicile : comprendre son périmètre d’intervention pour mieux préparer son évaluation HAS
Actualité ESSMS | Aide à domicile – Périmètre d’intervention – Évaluation HAS

Des constats issus d’évaluations de services d’aide à domicile

Lors de plusieurs évaluations réalisées au sein de services d’aide et d’accompagnement à domicile, une difficulté revient régulièrement : déterminer précisément ce qui relève du service, ce qui relève des professionnels de santé ou des autres partenaires, et ce qui doit néanmoins être repéré, transmis, coordonné ou suivi par le service.

Les professionnels interviennent dans l’espace privé de la personne. Ils observent son environnement, ses habitudes de vie et l’évolution de sa situation. Cette proximité leur donne une place essentielle dans le repérage des fragilités, sans pour autant leur confier des missions qui dépassent leurs compétences ou l’autorisation du service.

Les évaluations ont notamment conduit à interroger les situations suivantes :

  • des professionnels repèrent une évolution de la situation, mais les modalités d’alerte ne sont pas clairement partagées ;
  • un besoin de soins est identifié, mais l’orientation et les suites données ne sont pas toujours tracées ;
  • l’intervention d’un professionnel extérieur est considérée comme entièrement extérieure au service, sans que l’articulation nécessaire soit examinée ;
  • le service se déclare « non concerné » par une situation au seul motif qu’aucune personne accompagnée ne la rencontre au moment de la visite, alors que cette situation relève potentiellement de son autorisation ;
  • des pratiques existent, mais elles sont insuffisamment formalisées, partagées ou évaluées ;
  • les plaintes, réclamations, suggestions et événements indésirables sont recueillis sur des supports distincts ou ambigus, ce qui complique leur suivi jusqu’à la clôture.
Constat central : connaître son périmètre d’intervention ne consiste pas seulement à savoir ce que le service réalise directement. Il faut également savoir ce qu’il doit repérer, organiser, transmettre, coordonner et réévaluer dans le cadre de ses missions.

1. Du SAAD au service autonomie à domicile : un cadre à actualiser

La réforme des services à domicile a fait évoluer les anciens services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) vers la catégorie des services autonomie à domicile (SAD).

L’article L. 313-1-3 du Code de l’action sociale et des familles précise que les services autonomie à domicile concourent à préserver l’autonomie des personnes accompagnées et à favoriser leur maintien à domicile. Ils assurent une activité d’aide et d’accompagnement et proposent une réponse aux éventuels besoins de soins, soit directement, soit en organisant cette réponse avec d’autres services ou professionnels.

Le cahier des charges applicable figure à l’annexe 3-0 du CASF. Il définit les conditions techniques minimales d’organisation et de fonctionnement du service.

À ne pas confondre : l’annexe 3-0-1 concerne les services d’aide et d’accompagnement à domicile des familles. Pour les services intervenant auprès des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou de personnes atteintes de pathologies chroniques, la référence à examiner est l’annexe 3-0, avec l’autorisation et les caractéristiques propres du service.

2. Ce que l’annexe 3-0 dit du périmètre d’intervention

L’annexe 3-0 ne réduit pas l’intervention du service à l’exécution d’une liste de tâches. Elle prévoit une organisation permettant d’apporter une réponse individualisée, de respecter les droits de la personne, d’évaluer ses besoins, de coordonner les interventions et de prendre en compte l’évolution de sa situation.

Évaluer la demande et les besoins à domicile

La demande fait l’objet d’une évaluation au domicile de la personne. Cette évaluation tient compte de ses besoins, de ses souhaits, de ses habitudes de vie, de son environnement, de la présence des aidants et de l’intervention éventuelle d’autres professionnels.

Elle permet également de repérer les signes de fragilité, la perte d’autonomie, l’isolement, les difficultés des aidants ainsi que les éléments pouvant compromettre la sécurité de la personne ou des intervenants.

Vérifier l’adéquation entre la demande et les capacités du service

Le service doit déterminer si la prestation attendue correspond à son autorisation, à ses compétences et aux moyens qu’il peut mobiliser. Lorsqu’il ne peut pas répondre à la demande, il en explique les raisons et oriente la personne vers une réponse plus adaptée, en substitution ou en complément.

Répondre aux besoins de soins sans se substituer aux soignants

Lorsqu’un service ne dispense pas lui-même de soins, il n’a pas à réaliser des actes relevant des professionnels de santé. En revanche, l’annexe 3-0 prévoit qu’il organise une réponse aux besoins de soins repérés, au minimum par une mise en relation avec un professionnel ou un service compétent, dans le respect du libre choix de la personne.

Repérer un besoin de soins ne signifie pas réaliser le soin. Cela implique toutefois de savoir alerter, orienter, articuler les interventions et vérifier que la situation a été prise en compte, dans les limites des missions du service.

3. Distinguer les actes réalisés, le repérage et la coordination

Ce que le service réalise directement

Selon son autorisation, son projet de service, le contrat conclu avec la personne et l’évaluation de ses besoins, le service peut notamment intervenir pour :

  • l’aide dans les actes essentiels et ordinaires de la vie quotidienne ;
  • l’entretien du cadre de vie ;
  • le soutien à l’autonomie et à la participation sociale ;
  • l’accompagnement lors de déplacements à partir du domicile ;
  • la prévention de l’isolement et le maintien du lien social ;
  • l’observation et la transmission des évolutions utiles à l’accompagnement.

La liste exacte ne peut pas être déterminée de manière abstraite. Elle dépend du périmètre de l’autorisation, des compétences mobilisables, du projet de service, du document individuel de prise en charge et de la situation de la personne.

Ce qui relève d’autres professionnels

Relèvent notamment des professionnels habilités, selon leur champ de compétence :

  • le diagnostic médical et la prescription ;
  • les actes de soins réservés aux professionnels de santé ;
  • les décisions relevant d’une mesure de protection juridique ;
  • les interventions spécialisées nécessitant une qualification ou une autorisation particulière.

Ce qui relève de l’articulation des interventions

La présence d’un infirmier libéral, d’un médecin, d’un kinésithérapeute, d’un service de soins, d’un mandataire judiciaire ou d’un autre partenaire ne supprime pas les responsabilités propres du service d’aide. Le service doit déterminer les informations utiles, les modalités d’alerte, les interlocuteurs à contacter et les limites du partage d’informations.

La coordination ne signifie pas diriger l’ensemble des acteurs. Elle consiste à organiser ce qui est nécessaire pour que l’accompagnement relevant du service reste cohérent, continu et sécurisé.

4. Ce que les évaluations ont permis de mettre en évidence

Un périmètre connu de manière intuitive mais peu explicité
Les professionnels savent généralement ce qu’ils réalisent au quotidien, mais rencontrent davantage de difficultés pour expliquer les limites de leur intervention, les situations nécessitant une alerte et les responsabilités respectives des partenaires.
Le recours trop rapide à la cotation « non concerné »
L’absence d’une situation dans l’échantillon ou au moment de la visite ne suffit pas toujours à conclure que le service n’est pas concerné. Il convient d’examiner le champ d’application du critère, l’autorisation, les publics susceptibles d’être accompagnés et la justification précise de la situation.
Des transmissions réalisées mais difficilement démontrables
Des appels, messages ou échanges informels existent, mais les informations utiles, la décision prise et les suites données ne sont pas toujours retrouvées de manière structurée dans le dossier ou les outils du service.
Une actualisation inégale de l’accompagnement
Les changements repérés au domicile peuvent être connus des équipes sans conduire suffisamment rapidement à une réévaluation, à une mise à jour du projet personnalisé ou à une adaptation du plan d’intervention.
Des circuits qualité fragmentés
Les plaintes, réclamations, suggestions et événements indésirables peuvent être recueillis, mais leur qualification, leur analyse, les actions correctives, le retour à l’auteur et la clôture ne sont pas toujours suivis sur un support permettant d’en démontrer la continuité.

Ces constats sont présentés de façon transversale et anonymisée. Ils ne décrivent pas un service en particulier et ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des services à domicile.

5. Les conséquences pour l’évaluation HAS

L’évaluation HAS porte sur le périmètre de l’autorisation du service et sur les pratiques réellement mises en œuvre. Elle ne consiste pas à demander au service d’accomplir des actes qui ne relèvent pas de ses missions, mais à apprécier la manière dont il répond aux besoins entrant dans son champ d’intervention.

Six questions à examiner

  1. Le service peut-il expliquer son autorisation, ses publics et ses modalités d’intervention ?
  2. L’évaluation initiale prend-elle en compte la personne, son environnement, ses aidants et les autres intervenants ?
  3. Les professionnels connaissent-ils les actes qu’ils peuvent réaliser et les limites de leurs fonctions ?
  4. Les fragilités, risques et évolutions sont-ils repérés, transmis et traités selon un circuit connu ?
  5. Les partenariats et les modalités de réponse aux besoins de soins sont-ils opérationnels ?
  6. Le service vérifie-t-il les suites données et l’efficacité des adaptations mises en place ?
Attention à la cotation « non concerné » : elle doit être justifiée à partir du champ d’application du critère et de la situation évaluée. Elle ne doit pas être utilisée uniquement parce qu’aucun cas n’a été rencontré récemment. Les critères impératifs ne peuvent, sauf exception prévue par la HAS, être cotés « non concerné ».

6. Avant l’évaluation : clarifier avant d’ajouter des procédures

La préparation ne devrait pas commencer par la production de nouveaux documents. Elle doit d’abord permettre au service de relier son cadre réglementaire à ses pratiques quotidiennes.

Étape 1 – Relire le périmètre autorisé
Examiner l’autorisation, la catégorie FINESS, les publics, la zone d’intervention, le projet de service et les prestations effectivement proposées.
Étape 2 – Cartographier les interventions
Identifier ce que réalise le service, ce qui relève des partenaires et les zones nécessitant une articulation explicite.
Étape 3 – Tester les circuits à partir de situations réelles
Examiner une évolution de l’état de santé, une difficulté d’aidant, une absence imprévue, une réclamation ou un événement indésirable, puis suivre le cheminement de l’information jusqu’à sa clôture.
Étape 4 – Vérifier l’appropriation par les professionnels
S’assurer que les intervenants savent à qui transmettre, dans quel délai, sur quel support et avec quelles informations.
Étape 5 – Prioriser les améliorations
Définir les actions utiles, un responsable, une échéance et une modalité de vérification de leur efficacité.

7. Après l’évaluation : transformer le constat en amélioration

Lorsqu’une difficulté est relevée, la première réponse ne doit pas être systématiquement la création d’une procédure supplémentaire. Il convient d’abord d’identifier la cause réelle : responsabilité mal définie, outil inadapté, information dispersée, partenariat peu opérationnel, formation insuffisante ou absence de suivi.

Constat → analyse des causes → action adaptée → responsable → échéance → suivi → vérification de l’efficacité.

Une amélioration peut ainsi consister à clarifier une fiche de mission, harmoniser les transmissions, formaliser un circuit d’alerte, renforcer une convention, réévaluer une situation ou centraliser le suivi d’un événement jusqu’à sa clôture.

8. Faire du périmètre d’intervention un repère partagé

À domicile, les frontières entre aide, accompagnement, prévention, soins et coordination peuvent sembler difficiles à lire. Pourtant, elles peuvent être clarifiées à partir de quelques repères : l’autorisation du service, l’évaluation des besoins, les compétences professionnelles, le consentement de la personne, les partenaires mobilisables et la traçabilité des décisions.

Préparer efficacement une évaluation HAS, c’est pouvoir expliquer ce que le service réalise, ce qu’il ne réalise pas, ce qu’il doit néanmoins repérer ou organiser, et comment il vérifie que la réponse apportée reste adaptée à la personne.

Cette clarification protège la personne accompagnée, sécurise les professionnels et permet de concentrer la démarche qualité sur les pratiques réellement utiles.

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Notre approche s’appuie sur le cadre réglementaire de chaque service, l’analyse des pratiques et la définition d’actions adaptées à son organisation.

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